VESTIGES, texte de Patrick Rosiu

VESTIGES ( A propos d’Odile de Frayssinet)

Celui qui regarde pour la première fois les sculptures d’Odile de Frayssinet, c’est aux vestiges d’un paysage étrange qu’il est confronté. Mégalithe, ces sculptures sont là devant vous, à la masse imposante, sans vous écraser, ouvrant l’espace, l’orientant. Mégalithe, rayonnant d’énergie, captant les forces du lieu. Mégalithe, alignement, présence du temps. Puis vestiges de la mémoire, d’une civilisation à venir.

Dénouée, Faille entre les Mondes : le premier Mur, Resserres, Source et Pointues, quelques titres des sculptures d’Odile de Frayssinet. Ils sont la marque, la trace écrite de leur présence.

Ils sonnent et résonnent dans et sur la forme en creux ou en plein, ils sont le prolongement de la sculpture, ils sont les passeurs des temps que la sculpture engendre, engrange. Découvrir sans réticence, caresser sans retenue cette matière rugueuse et voluptueuse, obtenue par assemblage d’une sorte de ficelle industrielle – blanche ou noire – avec du sable, poudre de marbre, cendre, pigment, et liant. Ma main et mon œil sont ravis. Les sculptures d’Odile de Frayssinet invoquent les sens. Elles sont là devant moi, j’ai cette étrange sensation qu’elles ont poussé, grandi comme la végétation des déserts, forme-cactus, je les découvre ainsi, charnues, épineuses et savoureuses.

Odile de Frayssinet, à sa manière, a délibérément tourné le dos à la masse, au burin, aux coups portés à la pierre ou au bois, pour s’attacher à une pratique ancestrale : le tissage. Elle fabrique une sorte de treillis, qui peut faire penser à un habitacle. Ce sont des sculptures-peaux, des sculptures-vêtements, sculptures végétales, nous pouvons les imaginer lourdes ou légères. Elles abolissent les frontières de ce qui est immense et minuscule, mince et énorme, du temps et l’espace.

Tout est à prendre dans le bouleversement que provoque une telle œuvre. Et ouvre le champ des questions : Où suis-je ? Quels lieux ? Alors c’est l’acte fondamental de la pratique artistique qui est investi, comme le définit James Guitet à propos de la sienne : « J’ausculte le champ plastique, j’en démonte les données, j’en questionne les phénomènes. L’usure des codes plastiques m’a incité à repartir d’un vide, d’un « ouvert ». Sur des partitions isotropes, je travaille l’éidos de la forme élémentaire pour  faire réémerger au sens, drainant des mémoires sur 2 000 000 années ».

Odile de Frayssinet réconcilie la forme et l’espace, et par là touche à l’harmonie profonde des lieux, du temps et du rêve, à ce moment singulier de nos vies défaites, unifiées par elle.

Matière-lumière, donnée du sensible, ces sculptures sont dans l’instant enveloppées par l’éternité.

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